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JBA

«Le beau est toujours bizarre. … Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement beau. C’est son immatriculation, sa caractéristique.»

Charles Baudelaire, Curiosités esthétiques (1868)

Aujourd’hui mes intuitions restent nourries par une « culture du regard » qui s’est développée autour de mon goût pour la figure, la silhouette, la stature, la matérialité – toutes choses qui permettent d’apporter un supplément poétique et symbolique à l’architecture.

 

Mais elles se déploient avec stratégie : évaluer les forces en présence, cibler les enjeux, trouver l’angle de réflexion permettant d’embrasser les paramètres du projet, en livrer une vision cohérente, efficace et évocatrice. Eviter, autant que faire se peut, de tomber dans les écueils de la banalisation du projet, de la normalisation de la pensée.

 

La forme découle toujours pour moi de la démarche constructive, du procédé constructif. Quant à la démarche, elle prend son inspiration dans l’ambiguïté, le détournement et la surprise.

 

Ne voir dans ce mode opératoire aucune série, seulement des tropismes : l’exigeante prise en compte du site, l’acharnement à faire « plus qu’un bâtiment », à se servir de l’architecture comme levier pour modeler la scène urbaine et faire souffler une brise d’anticonformisme.

 

Au final, on peut dire de mes projets qu’ils sont expressifs, voire narratifs : les façades en métal évoquent la pierre de Paris, les bardages en clins d’aluminium détournent l’idée du bois, la rotonde parisienne se travestit façon 21e siècle, un toit posé au sol devient un bâtiment, tandis qu’un village nordique peut s’épanouir à l’ombre d’une cité HLM.

 

J’envisage le projet comme une transition entre fiction et réalité, le passage d’un état à un autre, d’une situation à l’autre. Le projet se vit comme un rêve éveillé avec l’objectif d’enrichir le lieu d’un nouveau récit, de donner du sens à un programme, d’apporter davantage qu’une fonction. L’aspect fictionnel du projet transforme la réalité, invite au voyage, libère l’imaginaire du visiteur. Chaque occasion doit être saisie pour apporter cette expérience ; l’architecture dans sa dimension narrative invente alors des mondes possibles.

Jean Bocabeille

 



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